Absinthe beverage : histoire et guide de dégustation

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L’article en bref

L’absinthe beverage, née au 18ème siècle en Suisse, connaît une renaissance après son interdiction.

  • Origines légendaires : créée à la fin du 18ème siècle dans le Val-de-Travers par Henriette Henriod ou le docteur Pierre Ordinaire, cette liqueur verte fut popularisée par Henri-Louis Pernod qui établit sa distillerie à Pontarlier en 1805.
  • Composition traditionnelle : élaborée à partir de la Sainte Trinité (grande absinthe, anis vert et fenouil), elle titre entre 45% et 74% d’alcool. La thuyone présente est aujourd’hui réglementée à 35 mg/litre maximum.
  • Rituel de dégustation : versez l’absinthe dans un verre, placez une cuillère ajourée avec un sucre, laissez couler l’eau glacée goutte à goutte créant l’effet de louche.
  • Renaissance moderne : légalisée en France en 2011, l’absinthe artisanale respecte les recettes ancestrales. L’Indication Géographique de Pontarlier garantit l’authenticité et la qualité.

Je me souviens de ma première rencontre avec l’absinthe beverage dans une petite distillerie du Jura. J’étais venu pour découvrir les vins de la région, mais c’est cette liqueur verte légendaire qui a véritablement capté mon attention. Le maître distillateur m’a fait découvrir ce spiritueux avec une passion communicative, m’expliquant chaque geste du rituel traditionnel. Depuis, je suis fasciné par cette boisson qui mérite d’être redécouverte et appréciée selon les règles de l’art ancestral.

Les origines méconnues d’une boisson légendaire

La naissance dans le Val-de-Travers

L’histoire de l’absinthe beverage commence à la fin du 18ème siècle dans le canton suisse de Neuchâtel. Henriette Henriod, une guérisseuse, élabora une boisson à base de plantes pour des vertus médicinales. D’autres sources attribuent la création au docteur Pierre Ordinaire, exilé après la Révolution française vers 1792. Cette dualité d’origine ajoute au mystère de cette liqueur.

Le Major Dubied acheta la recette et fonda une distillerie à Couvet avec Henri-Louis Pernod, son gendre. En 1805, ce dernier créa sa propre distillerie à Pontarlier en France, marquant le début de la production française. Cette installation était motivée par les difficultés d’importation et les taxes élevées depuis la Suisse. Je trouve remarquable que Pontarlier soit devenue la capitale de cette boisson, avec pas moins de 25 distilleries en 1900.

L’ascension fulgurante au 19ème siècle

La popularité de l’absinthe s’est accrue grâce à la colonisation algérienne. Les soldats ajoutaient quelques gouttes à leur eau pour combattre malaria et dysenterie. À leur retour, la fée verte devint extrêmement populaire dans les cafés parisiens. La production explosa au point qu’un verre d’absinthe coûtait moins cher qu’un verre de vin.

Cette période dorée vit de nombreux artistes célébrer ce spiritueux. Vincent Van Gogh, Henri de Toulouse-Lautrec, Édouard Manet, Edgar Degas, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire et Pablo Picasso l’ont tous consommée. Ils la percevaient comme une source d’inspiration créative, un esprit poétique stimulant leur imagination.

L’interdiction et la renaissance récente

L’enthousiasme entraîna malheureusement des variations de qualité. Des distilleries peu scrupuleuses produisaient des versions bon marché avec des ingrédients douteux. La thuyone, présente dans la grande absinthe, fut accusée de rendre fou et de provoquer hallucinations et comportements violents. Les groupes anti-alcool menèrent campagne avec le slogan « tous pour le vin contre l’Absinthe ».

L’interdiction intervint en 1915 en France, après la Suisse et les États-Unis. Elle dura jusqu’en 2001 pour une première autorisation, puis 2011 pour une autorisation complète. La recherche scientifique moderne a démontré que la thuyone consommée dans les doses habituelles est inoffensive et sans effet psychoactif réel. Le mythe de l’absinthe hallucinogène a été dissipé.

La composition et les méthodes de fabrication traditionnelles

Les trois plantes essentielles

L’absinthe est produite à partir de trois plantes constituant la Sainte Trinité : la grande absinthe ou armoise, l’anis vert et le fenouil. Ces ingrédients donnent à la boisson sa saveur anisée complexe et sa couleur verte naturelle. L’armoise apporte des notes amères et légèrement mentholées, tandis que l’anis et le fenouil apportent une douceur anisée qui équilibre l’ensemble.

Certaines recettes incluent jusqu’à vingt plantes différentes : mélisse, hysope, verveine, réglisse. Les distillateurs gardent jalousement leurs secrets de fabrication. La thuyone se trouve également dans d’autres plantes comme le génépi et la sauge. La réglementation européenne fixe une limite maximale de 35 mg par litre.

Les trois méthodes de production

Les plantes écrasées sont macérées dans de l’alcool neutre de grain à 95%. Le mélange est ensuite dilué avec de l’eau. Trois méthodes traditionnelles produisent trois types différents. L’absinthe peut être simplement filtrée après macération, produisant l’absinthe macérée. Plus couramment, elle est distillée dans des alambics en cuivre, donnant l’absinthe blanche.

Une seconde macération de plantes riches en chlorophylle peut être ajoutée, donnant la célèbre couleur verte. Les absinthes macérées présentent un goût plus brut, tandis que les versions distillées offrent des saveurs plus subtiles et harmonieuses. La forte teneur en alcool, entre 45% et 74%, est nécessaire pour extraire les huiles essentielles des plantes.

Le profil aromatique unique

Phase de dégustation Caractéristiques aromatiques
Attaque Notes anisées typiques de l’anis vert et du fenouil
Évolution Notes florales de grande absinthe, touches végétales et épicées
Finale Légère amertume, persistance anisée et végétale

Le rituel traditionnel de préparation et dégustation

Les étapes du rituel cérémoniel

La dégustation constitue un rituel d’initiation presque cérémoniel qui nécessite des accessoires spécifiques. Je vous recommande de suivre ces étapes avec patience. Versez l’absinthe pure dans un verre spécial, placez une cuillère plate ajourée en équilibre sur les bords, posez un morceau de sucre sur la cuillère.

Laissez ensuite couler lentement de l’eau glacée goutte à goutte sur le sucre. Une goutte par seconde pour les plus patients. La fontaine à absinthe, remplie de glaçons et d’eau fraîche, permet d’obtenir un écoulement régulier et contrôlé. Après dissolution du sucre, remuez doucement avec la cuillère. Ce processus crée l’effet de louche, où la boisson devient trouble en libérant des arômes subtils.

Les recommandations personnelles

Pour trouver votre niveau de goût personnel, commencez par un verre sans sucre puis augmentez progressivement la dose. L’absinthe est généralement diluée avec trois à cinq fois son volume d’eau. Sans fontaine ou cuillère spéciale, utilisez une fourchette et versez lentement quelques gouttes d’eau sur le sucre.

Je me souviens avoir visité la Distillerie Guy à Pontarlier, fondée en 1890 et gérée par la même famille depuis quatre générations. François Guy a combattu quinze ans pour la réintroduction de l’absinthe française. Leurs absinthes sont distillées selon des recettes transmises de père en fils. La Distillerie Guy fait partie de la Route de l’Absinthe, une collaboration franco-suisse valorisant cette boisson mythique à ses origines. Pour ceux qui s’intéressent à la conservation des spiritueux, vous trouverez également des conseils utiles sur comment conserver une bouteille ouverte.

Les utilisations culinaires modernes

À Pontarlier, les commerçants tiennent à promouvoir ce trésor local. À la Crèmerie Petite, vous trouverez de la cancoillotte avec une touche d’absinthe. À la boulangerie La Charmille, pendant les Absinthiades de septembre, l’absinthe est incorporée dans des pains. Chez le pâtissier-glacier Ehrard, les amateurs pourront goûter une glace à l’absinthe.

Consommer aujourd’hui avec modération et connaissance

L’absinthe est légale dans de nombreux pays, y compris la France où les marques traditionnelles ont repris la production. Étant un alcool très fort, elle doit être consommée avec modération. Les niveaux d’alcool élevés peuvent avoir des effets néfastes sur le foie et le système nerveux. Elle est rarement bue pure et doit être diluée selon le rituel traditionnel.

Pour profiter d’une absinthe de qualité, tournez-vous vers des distilleries artisanales respectant les recettes traditionnelles. L’Indication Géographique pour l’Absinthe de Pontarlier, obtenue en août 2019, garantit une saveur cohérente liée au terroir. Fabriquer de l’absinthe chez soi est soumis à des restrictions légales dans de nombreux pays, car la distillation nécessite généralement une licence.

Sources complémentaires : vinoclub du vin et wiki du vin.

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