L’article en bref
Frédéric Panaïotis, chef de caves chez Ruinart pendant 18 ans, a marqué l’univers du champagne.
- Un parcours d’excellence : issu d’une famille vigneronne, diplômé œnologue, il a dirigé la plus ancienne maison champenoise de 2007 à 2025
- Un innovateur visionnaire : créateur de l’étui seconde peau réduisant de 60% l’impact carbone, pionnier de la vitiforesterie et défenseur de pratiques durables
- Un mentor généreux : passionné de transmission, il formait étudiants et professionnels avec humilité et pédagogie, privilégiant toujours le partage
- Reconnaissance internationale : 32e meilleur vigneron de France en 2025, Vigneron de l’année 2020, champion mondial avec le Dom Ruinart 2010
- Disparu tragiquement le 15 juin 2025 lors d’un accident d’apnée, sa discipline favorite qui reflétait sa philosophie de vie
Je dois vous avouer que j’ai découvert le parcours de Frédéric Panaïotis chez Ruinart il y a quelques années, lors d’une dégustation organisée à Reims. Ce jour-là, j’ai été marqué par sa capacité à transmettre sa passion avec une simplicité déconcertante. Cet homme, disparu tragiquement en juin 2025, incarnait parfaitement ce que je recherche dans notre métier : l’alliance entre la science et la sensibilité.
Un parcours d’excellence au service de la plus ancienne maison champenoise
Des racines vigneronnes à l’œnologie de prestige
Né en 1964 dans une famille de vignerons champenois, Frédéric Panaïotis a grandi à Villers-Marmery dans la Marne. Je trouve passionnant qu’un enfant qui passait ses étés dans les caves familiales ait initialement envisagé de devenir vétérinaire. C’est la découverte d’un grand cru de Bourgogne qui a bouleversé sa trajectoire. Cette révélation, je peux la comprendre : certains vins transforment littéralement nos vies.
Diplômé de l’Institut National Agronomique Paris-Grignon en 1988, il a complété sa formation à l’École Nationale Supérieure Agronomique de Montpellier pour devenir œnologue. Son apprentissage ne s’est pas limité à l’Hexagone : il s’est enrichi d’expériences en Californie et en Nouvelle-Zélande, où il a effectué une vendange en 2001. Cette ouverture internationale, je la considère essentielle pour tout professionnel souhaitant maîtriser les différentes approches viticoles.
Une ascension remarquable dans le groupe LVMH
Son parcours professionnel débute en 1991 au Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne. Il rejoint ensuite Veuve Clicquot Ponsardin pendant douze années enrichissantes. C’est en 2007 qu’il accède au poste de chef de caves chez Ruinart, fonction qu’il a occupée pendant dix-huit ans jusqu’à sa disparition. Cette maison, la plus ancienne de Champagne, appartenait à un groupe qui compte parmi les leaders mondiaux des vins et spiritueux.
Un maître de l’assemblage reconnu par ses pairs
Je garde en mémoire ses interventions lors des salons professionnels où il dévoilait les secrets de ses assemblages. Frédéric Panaïotis se définissait comme un artisan plutôt qu’un artiste. Cette distinction m’a toujours interpellé : elle traduit une volonté de comprendre scientifiquement chaque étape, de la vigne au verre. Il avait conçu une grille d’analyse minutieuse que j’ai eu l’occasion d’étudier lors d’un concours de dégustation à l’aveugle organisé par iDealwine. Sa concentration et son cheminement analytique étaient véritablement fulgurants.
Pour renforcer sa maîtrise aromatique, il avait développé en collaboration avec Le Nez du Vin deux coffrets pédagogiques dédiés aux champagnes blancs et rosés. Cette démarche illustre parfaitement son souci permanent de transmission et de pédagogie.
| Reconnaissance | Année | Distinction |
|---|---|---|
| Le Figaro | 2025 | 32e meilleur vigneron de France |
| Guide Hachette | 2020 | Vigneron de l’année |
| CSWWC | 2022 | Supreme World Champion (Dom Ruinart 2010) |
Des innovations durables et visionnaires
L’engagement environnemental au cœur de sa démarche
Frédéric Panaïotis a impulsé plusieurs projets novateurs que je considère comme exemplaires dans notre industrie. L’étui seconde peau, neuf fois plus léger que son prédécesseur, a permis de réduire de 60% l’impact carbone de l’emballage. Cette innovation concrète prouve qu’on peut allier excellence œnologique et responsabilité environnementale.
Il a également développé la vitiforesterie et relancé le projet de tirage au bouchon de liège, initié en 1998 par ses prédécesseurs. J’ai pu constater lors de mes visites à la maison que ces initiatives n’étaient pas de simples opérations de communication, mais des engagements profonds.
Une vision artistique et scientifique du champagne
La création de l’œnothèque historique et de la cuvée Blanc Singulier témoignait de sa volonté de documenter les effets du changement climatique. Cette approche scientifique me passionne particulièrement : plutôt que de nier les bouleversements climatiques, il les documentait méthodiquement pour anticiper l’avenir.
Sensible à la dimension artistique de Ruinart, il présentait avec enthousiasme les collaborations avec des artistes contemporains. Je me souviens de son implication dans le projet avec Liu Bolin, où il s’était prêté aux camouflages photographiques dans les vignes. Cette capacité à embrasser différentes formes d’expression révélait une personnalité exceptionnellement ouverte.
Un ambassadeur infatigable et un mentor dévoué
La transmission comme mission essentielle
J’ai particulièrement admiré son engagement auprès des étudiants. Pendant plus d’une décennie, il n’a manqué aucune édition du concours Cav’IT, initié par Paul Krug et Mathilde Magne. Chaque année, Ruinart ouvrait ses portes aux étudiants des meilleures universités européennes. Il invitait systématiquement un expert pour exposer des sujets scientifiques ou sociologiques, permettant de découvrir des professeurs comme Gérard Liger-Belair ou Gabriel Lepousez.
Son humilité lors des concours de dégustation me touchait profondément. Bien qu’excellent dégustateur, il refusait systématiquement le premier prix pour laisser à d’autres la joie de remporter les concours. Ce geste illustrait parfaitement sa personnalité solaire et généreuse.
Un tandem remarquable avec Frédéric Dufour
La connivence entre Frédéric Panaïotis et Frédéric Dufour, président de Ruinart depuis 2011, était palpable lors de chaque présentation. Leur respect mutuel et leur confiance réciproque renforçaient la cohérence des actions menées. Ils jouaient parfois de leur gémellité de prénom, signant simplement « Frédéric » leurs messages de vœux.
Les préférences et la philosophie d’un passionné
Interrogé sur ses préférences, Frédéric Panaïotis citait le chardonnay comme cépage fétiche et le Dom Ruinart Blanc de Blancs comme cuvée favorite. Ses millésimes préférés étaient 2010 et 2019. Il ne concevait jamais d’ouvrir de beaux flacons sans les partager : pour lui, il suffisait d’être deux pour créer ce moment de partage.
Sa vision de la compétition était également révélatrice : plutôt que des adversaires, il préférait voir des concurrents et amis qui poussent à tendre vers l’excellence. Les principaux défis qu’il identifiait étaient :
- La prochaine vendange, toujours imprévisible et source de nouveaux apprentissages
- Le changement climatique, menace à long terme pour toute la production champenoise
- La transmission de savoir-faire ancestraux face aux évolutions technologiques
Cette discipline de l’apnée qu’il pratiquait depuis plus de quinze ans n’était pas qu’un loisir. Apnéiste expérimenté, il s’entraînait deux à trois fois par semaine au sein du Reims Palmes Apnée. En 2024, il expliquait que cette pratique lui permettait de mieux gérer le stress quotidien : « C’est un voyage intérieur, à travers un effort qui se fait dans la douceur. » Cette philosophie transparaissait dans son approche œnologique, où rigueur et sensibilité se rejoignaient harmonieusement.
Frédéric Panaïotis nous a quittés le 15 juin 2025 lors d’un accident d’apnée à Rochefontaine en Belgique, à l’âge de 61 ans. Sa disparition laisse un vide immense dans le monde du champagne. Les 300 ans de Ruinart, prévus pour 2029, se feront sans cet homme qui avait tant œuvré pour perpétuer l’excellence de la plus ancienne maison champenoise. Son héritage continuera d’inspirer les générations futures de vignerons et d’œnologues.
Pour approfondir vos connaissances sur l’univers du vin, je vous invite à consulter le vinoclub du vin ainsi que le wiki du vin.


