L’article en bref
L’article en bref
Entre 6 000 et 15 000 cépages sont cultivés dans le monde, un chiffre complexe à établir précisément.
- Un dénombrement difficile : La vigne mute facilement, créant des variantes naturelles. Seuls 2 000 cépages sont autorisés commercialement, mais 75 % de la production provient d’une douzaine de variétés.
- Patrimoine français et italien : La France autorise 210 cépages, tandis que l’Italie préserve un des plus grands patrimoines de variétés autochtones au monde.
- Cépages dominants : Le Cabernet Sauvignon, le Merlot et le Chardonnay règnent globalement, tandis que les cépages locaux reculent face à cette internationalisation.
- Adaptation climatique : De nouveaux hybrides résistants aux maladies, comme l’Artaban, sont intégrés depuis 2018 pour répondre aux défis futurs.
Il existe, selon les sources, entre 6 000 et 15 000 cépages cultivés dans le monde. Un écart considérable, qui reflète la complexité de ce dénombrement. Je me souviens de ma première visite dans un conservatoire ampélographique en Alsace : des rangées interminables de plants aux feuilles légèrement différentes, chacun portant une étiquette, un nom, parfois une histoire vieille de plusieurs siècles. Ce jour-là, j’ai compris que compter les cépages, c’est un peu comme compter les étoiles. On approche, on estime, mais on n’épuise jamais le sujet.
Combien de cépages existe-t-il réellement dans le monde ?
Un chiffre difficile à fixer
La réponse courte : environ 6 000 cépages cultivés font l’objet d’un consensus général. Mais certains experts en ampélographie, la branche de la botanique dédiée à l’étude des vignes, avancent des estimations bien plus élevées, entre 10 000 et 15 000 variétés. Pourquoi cet écart ? Parce que la vigne (Vitis vinifera) mute facilement. Un même plant peut produire des rameaux aux raisins légèrement différents. Le Pinot gris et le Pinot blanc, par exemple, sont des mutations naturelles du Pinot noir.
La recherche génétique progresse vite. Le séquençage du génome de la vigne, confirmé dès 1997 pour établir que le Cabernet Sauvignon est un croisement entre le Sauvignon blanc et le Cabernet franc, permet aujourd’hui de mieux tracer les familles de cépages. Mais les découvertes continuent, et de nouveaux cépages font régulièrement leur entrée dans les catalogues.
À l’échelle mondiale, environ 2 000 cépages sont autorisés pour la viticulture commerciale. Parmi eux, 50 seulement obtiennent le statut de cépages majeurs, et une centaine présentent un réel intérêt œnologique. Le paradoxe est frappant : malgré cette diversité théorique, 75 % de la production mondiale de vin provient d’une douzaine de variétés. En 2009, 12 cépages représentaient à eux seuls 30 % des surfaces plantées dans le monde.
La France et l’Italie, deux patrimoines viticoles majeurs
En France, 210 cépages sont autorisés par la loi. Ce chiffre, encadré par l’INAO, couvre les raisins de cuve, de table, d’agrément et les porte-greffes. Dix cépages seulement couvrent plus de 70 % des surfaces plantées en vignes françaises. Le Merlot domine avec 14 %, suivi du Grenache noir (11 %) et de l’Ugni blanc (10,2 %). La Syrah représente 8 %, le Cabernet Sauvignon 6,5 %, le Chardonnay 5,6 %, le Carignan 5,3 %, le Pinot Noir 3,7 %, et le Gamay comme le Sauvignon blanc atteignent chacun 3,5 %. Pour mieux comprendre la position de la France sur le marché du vin, ces données de surface sont révélatrices.
L’Italie abrite, pour sa part, un des plus le plus grands nombre de cépages autochtones au monde. Avant l’arrivée du phylloxéra entre 1865 et 1885, des milliers de variétés différentes y coexistaient. Ce ravageur a drastiquement réduit ce patrimoine. Parmi les survivants les plus emblématiques : le Sangiovese, le prince des cépages à baies noires de Toscane, l’Arneis dans le Piémont, l’Aglianico en Campanie et en Basilicate, ou encore l’Inzolia en Sicile.
Les cépages les plus cultivés à l’échelle mondiale
Voici les principales surfaces viticoles mondiales recensées en 2015 :
| Cépage | Couleur | Surface (ha) |
|---|---|---|
| Kyoho | Noir (raisin de table) | 365 000 |
| Cabernet Sauvignon | Rouge | 341 000 |
| Sultanine blanc | Blanc (raisin de table) | 273 000 |
| Merlot | Rouge | 266 000 |
| Tempranillo | Rouge | 231 000 |
| Airén blanc | Blanc | 218 000 |
| Chardonnay | Blanc | 210 000 |
| Syrah | Rouge | 190 000 |
| Grenache noir | Rouge | 163 000 |
| Sauvignon blanc | Blanc | 123 000 |
| Pinot noir | Rouge | 112 000 |
Le Kyoho, peu connu en Europe, domine grâce à sa large culture en Asie comme raisin de table. Pour les vins, le Cabernet Sauvignon reste le roi incontesté, originaire du sud-ouest de la France, dans la région bordelaise. Pour en savoir plus sur les grands acteurs de la production mondiale, je vous invite à consulter le classement du premier producteur de vin au monde.
Cépages autochtones, internationaux et nouveaux hybrides : ce qui change
La distinction entre cépages locaux et cépages globalisés
On distingue généralement les cépages autochtones, enracinés dans un territoire depuis des siècles, des cépages internationaux qui se sont répandus sur toute la planète. Ces derniers sont majoritairement d’origine française : Cabernet Sauvignon, Merlot, Chardonnay, Sauvignon blanc. Au cours des 30 dernières années, ils se sont solidement implantés en Italie, parfois au détriment des variétés locales. Un phénomène que certains ampélographes regrettent franchement.
Les pays du Nouveau Monde, Chili, Argentine, États-Unis et Afrique du Sud, ont largement adopté ce modèle en valorisant les vins de cépage, c’est-à-dire les vins dont l’étiquette mentionne la variété principale. En France, cette pratique est possible pour les vins de pays depuis le 1er septembre 2000. Pour le vin charentais, la règle est stricte : le cépage mentionné doit représenter au moins 85 % de l’assemblage. Un châteauneuf-du-pape, lui, peut assembler jusqu’à 13 cépages différents. Ces deux extrêmes illustrent bien la richesse du système européen des AOC, où la notion de terroir prime souvent sur celle de variété.
La législation française et européenne : un cadre en évolution
L’histoire réglementaire des cépages est parfois surprenante. En 1935, six cépages hybrides ont été interdits à la plantation en France : le Noah, le Clinton, l’Herbemont, l’Isabelle, le Jacquez et l’Othello. Ce contexte de surproduction entre 1930 et 1935 avait motivé cette décision. Cette interdiction a depuis migré dans la loi européenne pour les plantations professionnelles à partir de 2016. Aujourd’hui, le Tessin en Suisse cultive encore l’Isabelle pour produire de la grappa, dans un cadre légal différent.
La réglementation évolue aussi vers plus d’adaptation climatique. L’INRA de Colmar s’est lancé en 2010 dans la sélection de cépages hybrides résistants au mildiou et à l’oïdium. Les premières homologations françaises ont eu lieu en 2018, avec des variétés comme l’Artaban, doté de deux gènes de résistance contre chacun de ces pathogènes. La directive de l’INAO du 25 octobre 2018 a formalisé l’intégration de ces nouvelles variétés, appelées VIFA (Variétés d’Intérêt à Fin d’Adaptation), dans les appellations d’origine. L’Allemagne, l’Autriche et la Suisse avaient ouvert la voie quelques années plus tôt.
Multiplier et préserver : les enjeux de demain
Les cépages se multiplient par voie végétative : bouture, micro-bouture, marcottage ou greffe. Depuis la crise phylloxérique, chaque pied de vigne est généralement composé d’un porte-greffe et d’un greffon. En France, la diversité génétique est préservée dans des conservatoires de clones gérés par la CTNSP (Commission Technique Nationale de la Sélection et de la Participation). Ces conservatoires sont précieux : ils sauvegardent des variétés rares qui, sans cet effort, disparaîtraient définitivement.
Certains cépages anciens ont ainsi été redécouverts et remis en culture, comme l’atteste la classification établie dès le XIXe siècle par le comte Odart, puis reprise au XXe siècle par Levadoux. Ces deux ampélographes ont regroupé les cépages français par familles morphologiques : Traminers, Carmenets, Noiriens, Muscats, Chenins… autant de lignées qui racontent l’histoire de la viticulture européenne.
Je pense notamment aux dégustations de vins issus de cépages oubliés que j’ai pu faire lors de certains salons professionnels : des profils aromatiques inattendus, parfois déconcertants, mais toujours révélateurs d’un terroir. Une expérience que je recommande à tout amateur curieux. Pour aller plus loin sur les typicités des vins, vous pouvez examiner la différence entre vin de paille et vin jaune, deux expressions de cépage emblématiques du Jura. La liste ci-dessous résume les quatre grandes catégories réglementaires françaises :
- Raisins de cuve (destinés à la vinification)
- Raisins de table (consommation directe)
- Raisins d’agrément (usage décoratif ou mixte)
- Porte-greffes (base de la plantation post-phylloxéra)
La vigne est cultivée en Italie depuis le deuxième millénaire avant Jésus-Christ. En 2004 au Brésil, Vitis vinifera ne représentait que 30 % de l’encépagement total. Ces deux chiffres, séparés par des millénaires, disent une seule chose : la diversité des cépages dans le monde n’est pas un état figé. Elle est vivante, disputée, façonnée par les crises, les modes, les réglementations et, de plus en plus, par le changement climatique.
Sources : blank » rel= »nofollow »>wiki du vin


