L’article en bref
Philippe Carli, ingénieur devenu patron de presse et vigneron, quitte EBRA après une polémique numérique.
- Diplômé de CentraleSupelec, il dirige Siemens France (2002-2010) puis le Groupe Amaury avant de présider EBRA en 2017, premier éditeur de presse quotidienne régionale avec neuf titres et 1 400 journalistes.
- Passionné de vin, il acquiert en 2006 le château de Fontenay en Touraine avec douze hectares de vignes, produisant des cuvées familiales en appellation Touraine-Chenonceaux.
- En février 2025, des publications controversées « aimées » sur LinkedIn déclenchent une mobilisation syndicale et provoquent sa démission immédiate du groupe EBRA.
Je me souviens de ma première rencontre avec le monde de la presse régionale, lorsque j’ai découvert l’ampleur du groupe EBRA et son influence sur les terroirs viticoles. Aujourd’hui, je souhaite vous parler de Philippe Carli, un homme qui a longtemps dirigé ce mastodonte médiatique tout en nourrissant une passion dévorante pour le vin. Son parcours illustre parfaitement cette double casquette entre responsabilités professionnelles et amour du terroir.
Un ingénieur devenu patron de presse
Des débuts dans l’industrie
Permettez-moi de vous retracer le parcours de cet ingénieur passé par CentraleSupelec. Philippe Carli débute sa carrière en 1985 à l’Aérospatiale avant de rejoindre Siemens en Allemagne. Cette expérience germanique façonne sa vision managériale. Après un passage chez Hewlett Packard, Siemens le rappelle en 1991 où il gravit les échelons. Je trouve passionnant qu’un homme aux racines techniques puisse s’épanouir dans des fonctions si variées.
En 2002, il devient Président de Siemens France jusqu’en 2010, puis Vice-Président du secteur Energie pour l’Europe du Sud-Ouest. Cette période industrielle lui confère une solidité dans la gestion des grands groupes.
La transition vers les médias
En octobre 2010, il rejoint le Groupe Amaury en qualité de Directeur Général et CEO jusqu’en novembre 2015. Cette première immersion dans l’univers médiatique prépare son futur rôle majeur. Dès septembre 2017, il intègre le comité de direction général du Crédit Mutuel et prend la présidence du groupe EBRA, premier éditeur de presse quotidienne régionale française.
Un empire médiatique régional
Le groupe EBRA réunit neuf titres majeurs totalisant 1 400 journalistes : L’Est Républicain, Le Républicain Lorrain, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Alsace, Le Dauphiné Libéré ou encore Le Progrès. Cette constellation de journaux couvre des territoires viticoles que je connais bien : Alsace, Bourgogne, Rhône. J’ai toujours apprécié comment ces titres régionaux accompagnent la vie des vignerons, relatant vendanges et millésimes. Cette proximité avec les terroirs n’est pas anodine dans l’histoire de cet homme.
| Période | Fonction | Organisation |
|---|---|---|
| 1985-1991 | Ingénieur | Aérospatiale puis Hewlett Packard |
| 2002-2010 | Président | Siemens France |
| 2010-2015 | Directeur Général | Groupe Amaury |
| 2017-2025 | Président | Groupe EBRA |
Une passion viticole ancrée dans le terroir tourangeau
L’acquisition du château de Fontenay
En 2006, Philippe Carli tombe dans la marmite du vin. Avec son épouse Nathalie, il acquiert le château de Fontenay en Touraine accompagné de cinq hectares de vignes. Cette décision change profondément son existence. Je comprends parfaitement cette passion : quand on découvre la magie d’un terroir, on ne peut plus s’en détacher. En 2010, il étend son domaine de sept hectares supplémentaires. Cette progression témoigne d’un engagement sincère, pas d’un simple caprice de dirigeant fortuné.
Des cuvées familiales
Le domaine produit des vins en Vin de France et appellation Touraine-Chenonceaux. Quatre cuvées portent les prénoms de ses enfants, une pratique touchante que j’ai souvent observée chez les vignerons soucieux de transmettre leur patrimoine. La Loire devient son havre de paix, un refuge loin des tumultes parisiens. Cette région viticole, avec ses chenins et cabernets francs, offre une diversité remarquable que tout amateur apprécie.
Les multiples responsabilités
Au-delà de la presse, il occupait la vice-présidence de l’Alliance de la Presse, présidait le CIC Lyonnaise de banque, siégeait comme administrateur à la Chambre Franco-Allemande de Commerce et d’Industrie, présidait la fondation CentraleSupelec et l’association caritative Astrée. Ces fonctions illustrent un homme aux responsabilités considérables. Dans le secteur des vins et spiritueux, j’ai souvent constaté que les dirigeants cumulent également différentes casquettes associatives.
Un basculement aux conséquences irréversibles
En février 2025, tout bascule pour cet homme qui semblait intouchable. Des publications « aimées » sur LinkedIn remontent à la surface, concernant des personnalités de droite radicale. Ces « likes » publics, signés « Philippe Carli, président du groupe Ebra », déclenchent une tempête. Le SNJ et la CFDT se mobilisent vigoureusement. Cette affaire révèle combien nos traces numériques peuvent nous rattraper.
Le mardi 28 janvier 2025, après un entretien avec les dirigeants du Crédit Mutuel Alliance fédérale, il démissionne. Dans l’intérêt du groupe, précise-t-il. Les syndicats saluent ce départ, estimant que ses prises de position le disqualifiaient pour diriger un groupe défendant des valeurs humanistes. Le Crédit Mutuel réaffirme son engagement pour une presse libre, indépendante et pluraliste.
Les organisations syndicales soulignent qu’un patron peut exprimer ses opinions, mais qu’en dirigeant parmi les plus le plus grands groupe de presse quotidienne régionale, il engage forcément les rédactions. Cette distinction entre sphère privée et responsabilité publique reste cruciale, y compris dans notre milieu viticole où la réputation conditionne la confiance.
Sources complémentaires : vinoclub du vin et wiki du vin


